Force des Plantes

L'herbier des plantes qui accompagnent le quotidien
Planche n°6 — Buissons de Sibérie

L'éleuthérocoque, le buisson épineux de Sibérie

Eleutherococcus senticosus (Rupr. & Maxim.) Maxim. — famille des Araliacées
Feuilles palmées et tiges épineuses d'Eleutherococcus senticosus

Photo : Krzysztof Ziarnek, Kenraiz — CC BY 4.0, Wikimedia Commons

Voici une plante victime de son surnom. Baptisée « ginseng sibérien » au XXᵉ siècle, elle traîne depuis une confusion tenace : ce n'est pas un ginseng. L'éleuthérocoque appartient bien à la même famille botanique que le Panax ginseng, celle des Araliacées, mais à un genre différent, avec des composés qui lui sont propres.

Un arbuste des forêts froides

L'éleuthérocoque est un buisson épineux qui peut atteindre plusieurs mètres, poussant dans les forêts de l'Extrême-Orient russe, du nord de la Chine, de Corée et du Japon. Ses tiges sont couvertes d'aiguillons fins, ses feuilles palmées comportent cinq folioles, et il porte à l'automne de petites baies noires. Contrairement au ginseng, plante lente et délicate, il pousse avec la robustesse d'un arbuste de taïga.

D'où vient le malentendu

C'est un épisode de l'histoire scientifique soviétique. Dans les années 1950 et 1960, les chercheurs qui travaillaient sur les substances dites adaptogènes — le sujet auquel nous consacrons une planche entière — cherchaient une alternative au ginseng, difficile à cultiver et coûteux. L'éleuthérocoque, abondant en Sibérie, a fait l'objet de nombreux travaux et s'est vu attribuer ce surnom commercial resté célèbre. Le nom a traversé les frontières bien plus vite que la nuance botanique.

Pl. V ÉleuthérocoqueEleutherococcus senticosusGinsengPanax ginsengabc
Même famille, genres différents
  1. a.Tiges ligneuses couvertes d'aiguillons : un arbuste de plusieurs mètres.
  2. b.Ombelle de baies rouges au sommet d'une plante basse.
  3. c.Racine charnue à forme humaine, absente chez l'éleuthérocoque.

Tous deux appartiennent aux araliacées. Leurs composés diffèrent : éleuthérosides d'un côté, ginsénosides de l'autre.

Ce que l'on utilise

Le réflexe d'étiquette : chercher le nom latin complet, Eleutherococcus senticosus. Un produit vendu simplement comme « ginseng sibérien » sans mention botanique entretient une ambiguïté commode — et empêche de savoir ce que l'on achète réellement.

Une plante de la vie quotidienne russe

En Russie et dans les pays voisins, l'éleuthérocoque n'a rien d'exotique : il se vend en pharmacie sous forme de teinture depuis des décennies, et fait partie du paysage domestique au même titre que la valériane. Cette banalité d'usage contraste amusamment avec l'aura un peu mystérieuse dont il est entouré en Europe de l'Ouest.

Les précautions

Les usages traditionnels le placent plutôt le matin. Il est déconseillé pendant la grossesse et l'allaitement, faute de recul suffisant, et peut interagir avec certains traitements — notamment ceux du diabète et les anticoagulants. En cas d'hypertension non suivie, l'avis d'un médecin est nécessaire avant tout usage régulier.

Références

Pour confronter cette planche à des sources de référence :

Retour à l'herbier