Force des Plantes

L'herbier des plantes qui accompagnent le quotidien
Plantes lointaines

Bacopa, la plante de la tradition ayurvédique associée à la mémoire

Bacopa monnieri
Plante séchée, poudre et gélules disposées côte à côte, différentes formes d'une même plante

Le bacopa ne ressemble pas à une plante de légende. C'est une petite rampante des zones humides, aux tiges couchées qui s'enracinent à chaque nœud, aux feuilles épaisses et arrondies, aux fleurs discrètes, blanches ou bleu pâle. On la rencontre au bord des étangs, dans les rizières, sur les berges vaseuses, et les aquariophiles la connaissent bien : elle vit aussi bien immergée qu'à moitié hors de l'eau. Rien, à la voir, n'annonce le nom que l'Inde lui a donné.

Une plante des rives

Botaniquement, Bacopa monnieri appartient aux plantaginacées, après avoir longtemps été rangée chez les scrofulariacées. Son aire est vaste : Inde et Sri Lanka, Asie du Sud-Est, Australie, mais aussi les régions tropicales des Amériques et le sud des États-Unis, où elle pousse spontanément. Elle aime la chaleur, l'eau stagnante et la lumière. Dans les régions de culture, on la récolte plusieurs fois par an, en coupant les parties aériennes qui repoussent vite.

La plante entière est utilisée, tige et feuilles ensemble, ce qui la distingue des racines et rhizomes qui dominent l'herbier des adaptogènes.

Le nom de Brahma

En Inde, le bacopa s'appelle brahmi, du nom de Brahma, le créateur dans la tradition hindoue, et par extension de Brahman, le principe de connaissance. Le nom en dit long sur la place de la plante. Une précision s'impose : dans certaines régions de l'Inde, le même mot désigne aussi la centella, Centella asiatica, une autre plante des lieux humides. Les deux ont des usages traditionnels proches et ont parfois été confondues dans les textes. C'est une raison suffisante pour toujours vérifier le nom latin sur une étiquette.

Dans la tradition ayurvédique

Le bacopa figure dans la Charaka Samhita, l'un des textes fondateurs de l'Ayurveda, où il est rangé parmi les medhya rasayana. Le mot medhya se rapporte à l'intellect ; les medhya rasayana sont les préparations de fond que la tradition associe à l'étude, à l'attention et à la mémoire. La légende veut que les érudits en aient pris pour retenir les longs textes védiques transmis oralement, avant l'écriture. Qu'elle soit exacte ou embellie, cette histoire dit ce que la tradition attend de la plante : accompagner un travail de l'esprit, sur la durée.

La préparation classique s'appelle brahmi ghrita : la plante est longuement cuite dans du beurre clarifié, qui en absorbe les composés et en masque l'amertume, très marquée.

Une plante lente

Ce point revient dans toutes les descriptions traditionnelles : le bacopa n'est pas une plante de l'instant. On le présente comme une plante d'accompagnement, prise régulièrement, dont les habitués disent qu'il faut lui laisser du temps. Il se prend traditionnellement avec un repas, l'usage à jeun étant réputé moins bien toléré par les estomacs sensibles.

Sous quelles formes

En Inde, la plante fraîche se consomme en jus, en chutney ou cuite comme une herbe. Ailleurs, on la trouve séchée en poudre, en extrait titré en bacosides, les composés qui servent de repère pour cette plante, ou dans des préparations composées héritées de la pharmacopée classique. Le goût est amer, terreux, et la poudre se mêle plus volontiers à un liquide chaud ou à une préparation grasse qu'à de l'eau.

Regarder sans conclure

Le bacopa fait partie des plantes de la tradition indienne les plus étudiées ces dernières décennies. Les travaux sont nombreux, leurs résultats discutés, et il n'appartient pas à un herbier de les trancher. Ce qu'on peut dire honnêtement, c'est qu'une plante rampante des marais a traversé les siècles avec une réputation constante, sous un nom qui ne se donne pas à la légère. Les personnes sous traitement, enceintes ou souffrant de troubles digestifs ont intérêt à demander l'avis d'un professionnel avant d'en prendre sous forme concentrée.

Références

Pour confronter cette planche à des sources de référence :

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