Rhodiola, la plante des pays froids : histoire et usages

Coupez une racine de rhodiola fraîchement arrachée : il en monte une odeur de rose, nette, surprenante pour une plante qui pousse entre les cailloux d'une pente venteuse. C'est ce parfum qui lui a donné son nom, rosea, et ses surnoms, racine de rose, racine dorée, orpin rose. Tout le reste de la plante est austère. La racine, elle, sent le jardin.
Une plante grasse des marges
La rhodiola appartient à la famille des crassulacées, celle des orpins et des joubarbes, des plantes à feuilles charnues qui stockent l'eau pour survivre là où le sol en retient peu. Elle pousse sur les rochers, les éboulis et les falaises des régions froides : Scandinavie, Islande, Sibérie, Alaska, nord du Canada, mais aussi en altitude dans les Alpes, les Pyrénées et les Carpates. C'est une plante dioïque, avec des pieds mâles aux fleurs jaunes et des pieds femelles aux fleurs plus rougeâtres, qui forment en juin des touffes basses et compactes.
Elle pousse lentement. Une racine de bonne taille demande des années, et c'est une donnée qui compte dans son histoire récente.
Dans les traditions du Nord
La plante apparaît chez Dioscoride, au Ier siècle, sous le nom de rodia riza. Mais c'est dans le Nord que son usage s'est enraciné. En Scandinavie, on lui prête d'avoir accompagné les Vikings, et Linné la mentionne au XVIIIe siècle dans sa matière médicale. Chez les Sami, en Islande et dans les villages de Sibérie, la racine était traditionnellement offerte aux jeunes mariés, préparée en décoction ou en infusion, et associée à la vigueur, à l'endurance et à la résistance au froid et aux longs hivers.
Au XXe siècle, des chercheurs soviétiques s'y sont intéressés de près. Ce sont eux qui ont forgé le terme d'adaptogène pour désigner une famille de plantes, dont la rhodiola, traditionnellement liées à la capacité de faire face aux conditions difficiles. Le mot a fait carrière ; il est utile de se rappeler qu'il vient de là, des laboratoires de Sibérie, à l'époque des expéditions polaires et des programmes spatiaux.
Une plante devenue rare
Le succès a eu un revers. La cueillette sauvage, intense dans certaines régions, a mis les populations naturelles sous pression, et la rhodiola figure aujourd'hui sur des listes d'espèces protégées dans plusieurs pays, dont la Russie et une partie de l'Europe. La réponse est venue de la culture : on la cultive désormais en Scandinavie, en Suisse, dans les Alpes françaises et au Canada, sur des parcelles d'altitude qui reproduisent ses conditions d'origine. Une plante cultivée n'est pas une plante au rabais, c'est une plante dont on connaît la provenance et dont on a épargné les sœurs sauvages.
Sous quelles formes
La racine séchée, en morceaux, se prépare traditionnellement en décoction : elle est dure et livre peu à l'eau simplement frémissante. On trouve aussi de la poudre et, surtout, des extraits titrés en rosavines et en salidroside, les deux familles de composés qui servent de repères pour caractériser la plante. Une étiquette sérieuse mentionne l'espèce complète, Rhodiola rosea, car d'autres espèces du même genre circulent et n'ont pas la même composition.
Ce qu'il faut retenir
La rhodiola est une plante de la lenteur : lente à pousser, longtemps confinée aux marges du monde habité, et traditionnellement prise dans la durée plutôt qu'au coup par coup. Comme toute plante concentrée, elle appelle l'avis d'un professionnel chez les personnes sous traitement, en particulier ceux qui agissent sur l'humeur ou la tension, et chez les femmes enceintes.
Références
Pour confronter cette planche à des sources de référence :
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